La tyrannie est abattue avec la tête du tyran ! La liberté renaît ! Depuis le 17, nous sommes enfin libres ! Exemple frappant des révolutions opérées par le machiavélisme, et qui prouve qu’un peuple longtemps sous le joug, ayant connu une fois ses forces, a pu se laisser abuser un temps par ceux qu’il croyait capables de le faire jouir du prix de ses efforts, mais qu’il n’a jamais été possible de l’aveugler sur ses véritables intérêts, puisque par des agitations sans cesse renaissantes il n’avait pas encore atteint le but qu’il s’était proposé, et au terme duquel il serait seulement possible de lui faire fermer le temple de la guerre.

Ces principes que vous avez toujours partagés et que vous avez eu le courage de communiquer aux généraux dans des temps de barbarie où le souffle même était interprété et pouvait conduire les têtes les plus innocentes à l’échafaud, ont été le feu électrique dont la commotion vient de se faire ressentir d’une manière aussi forte et qui a tout entraîné devant lui, jusqu’au moment où J. J. Dessalines, notre commun oppresseur, a cessé d’être.

La vengeance est opérée, et l’armée n’attend plus que votre présence pour concourir à la formation du pacte social qui doit nous lier, d’une Constitution enfin où chaque citoyen trouve sa garantie pour sa personne et le droit sacré des propriétés, émané de la volonté générale ; non pas tel que cet acte informe que nous venons de fouler aux pieds, fait dans le silence du cabinet, à l’insu de ceux qui y étaient intéressés, uniquement calculé pour flatter les vues d’un seul homme, contraire par son texte même aux principes de toute justice.

Si longtemps abusés, nous avons juré de ne pas nous séparer que nous n’ayons vu proclamer le nouvel acte constitutionnel qui doit nous régir, que nous ne l’ayons approuvé et juré de l’observer ; et que, semblable à l’usage des anciens guerriers, nous ne vous ayons reconnu publiquement pour chef du gouvernement et porté sur nos boucliers.

Satisfaites à l’impatience de vos braves soldats, général, de tout un peuple assemblé, admirateur de vos vertus, et auquel seul manque votre présence dans ces moments d’allégresse. 

 

Au quartier-général du Port-au-Prince, le 21 octobre 1806.

 

Signé : Le ministre de la guerre et de la marine, E. Gérin ; le général commandant la 2e division de l’Ouest, PétionYayou, Vaval, généraux de brigade ; l’adjudant général, chef de l’état-major, BonnetsMarion, Verret, Lacroix, E. V. Mentor, adjudants-généraux ; Francisque, Bauregard, Wagnac, Dieudonné, LamarreSanglaou, J. L. Mentor, Bourdet, Terrien, Métellus, Gédéon, colonels ; Adam, Cadet, Bastien, Baude, Aquerre, Frédéric, Destrade, FlambertCaneaux, Boyer, Lefranc, Lafontant, Borgella, Levêque, Delaup, Gireaud, Clermont, Bordes, chefs de bataillon ; Chervain, commissaire des guerres ; Imbert, Gaille fils, Bigot, Castaing, Lamitié, Gardel, Silvain Legendre, Destouches, Dorman, Sabourin, Viau, Libéral, etc.

Référence historique : Thomas Madiou, Histoire d’Haïti, tome III, pp. 337-338.

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